ERC Advanced Grant 2025 : 2 projets lauréats dans les laboratoires de CNRS Physique
Le Conseil européen de la recherche (ERC) vient d'annoncer la liste des projets qui ont obtenu une bourse « ERC Advanced Grant » 2025. Une physicienne et un physicien de laboratoires rattachés à CNRS Physique sont lauréats cette année. Leurs projets respectifs portent sur la dynamique de l’hydrogène dans ces environnements extrêmes et sur la rencontre entre supraconductivité et effet Hall quantique.
Les bourses « ERC Advanced Grant » permettent à des scientifiques, reconnus dans leur domaine aux niveaux national et international, de mener des projets novateurs à haut risque qui ouvrent de nouvelles voies dans leur discipline ou dans d’autres domaines. Visant des chercheurs confirmés, ces bourses se situent à un niveau d’expérience plus élevé que les bourses «ERC Starting Grant» et « ERC Consolidator Grant ». D’une durée de 5 ans, ces projets bénéficient chacun d’un budget maximum de 2,5 millions d’euros
SUPERHALL - Superconductivity Meets the Quantum Hall Effect
La supraconductivité et l’effet Hall quantique sont deux phénomènes emblématiques de la physique quantique, mais ils semblent à première vue incompatibles. La supraconductivité repose sur le déplacement collectif de paires d’électrons, tandis que l’effet Hall quantique apparaît dans de forts champs magnétiques, qui détruisent généralement la supraconductivité.
Le projet SUPERHALL veut dépasser cette incompatibilité. En utilisant des hétérostructures de graphène de très haute qualité, couplées à des contacts supraconducteurs, il cherchera à créer et contrôler des jonctions Josephson dans lesquelles le courant supraconducteur est porté par les canaux de bord chiraux de l’effet Hall quantique. Ces dispositifs permettront d’explorer de nouveaux états quantiques hybrides, où supraconductivité, topologie et interactions électroniques se rencontrent.
À terme, SUPERHALL ouvrira la voie à des nouveaux circuits supraconducteurs programmables fondés sur l’effet Hall quantique, avec l’ambition de manipuler des excitations exotiques, comme les anyons, qui pourraient jouer un rôle central dans les futures architectures de calcul quantique topologique.
Le projet SUPERHALL est porté par Benjamin Sacépé
Benjamin Sacépé est chercheur du CNRS à l’Institut Néel (NEEL, CNRS)
HYDRA - Hydrogen Dynamics at ExtrRme Pressure: Advanced Neutron Spectroscopy
L’hydrogène est l’élément le plus abondant de l’Univers, mais aussi l’un des plus difficiles à comprendre et à modéliser. Sa très faible masse amplifie les effets quantiques, tels que les fluctuations de point zéro, l’effet tunnel et une mobilité exceptionnelle. Sous très haute pression, au cœur des planètes géantes ou dans certains matériaux supraconducteurs à haute température critique, ces phénomènes gouvernent des propriétés essentielles de la matière.
Le projet HYDRA vise à observer directement, pour la première fois, la dynamique de l’hydrogène dans ces environnements extrêmes. Pour cela, il développera une nouvelle cellule haute pression dédiée à la spectroscopie neutronique, permettant d’étendre cette technique à des pressions jusqu’ici inaccessibles. Cette avancée donnera accès à un aspect fondamental de la matière qui échappe encore largement à l’observation expérimentale : le mouvement des protons.
Les résultats attendus permettront de mieux comprendre les glaces et fluides des intérieurs planétaires, les matériaux riches en hydrogène pour l’énergie, ainsi que les mécanismes à l’origine de la supraconductivité dans les hydrures. En rendant mesurable ce qui n’était jusqu’à présent qu’inféré indirectement, HYDRA ouvrira une nouvelle fenêtre sur le comportement quantique de l’hydrogène sous pression.
Le projet HYDRA est porté par Livia Bove
Livia Bove est chercheuse du CNRS à l'Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie (IMPMC, CNRS / MNHN / Sorbonne Université))