Portrait photo de Virginie Chamard
Virginie Chamard © Patrick Ferrand

Virginie ChamardChercheuse du CNRS à l'Institut Fresnel

Médaille d’argent du CNRS
Consolidator Grant

Virginie Chamard, décrypter l’organisation des cristaux

Spécialiste de l’imagerie aux rayons X, Virginie Chamard développe des méthodes pour sonder la matière à l’échelle nanométrique. À l’Institut Fresnel (FRESNEL, CNRS / AMU / Centrale Marseille), à Marseille, où elle est directrice de recherche au CNRS, elle a développé « la ptychographie de Bragg », une méthode d’imagerie par diffraction permettant l’étude de cristaux complexes. En combinant maîtrise expérimentale et traitement algorithmique, elle parvient à observer leur organisation et leurs déformations avec une précision inédite.

Elle s’intéresse notamment aux biominéraux — coquilles, coraux ou micro-organismes calcifiants — et cherche à comprendre comment ces structures se forment et s’assemblent. En dialoguant avec physiciennes et physiciens, chimistes et biologistes, elle explore la manière dont le vivant élabore des structures complexes aux propriétés optimisées. Ses travaux ouvrent des perspectives notamment en biomimétisme, pour concevoir des matériaux inspirés de ces architectures naturelles.

« J’ai trouvé ça extraordinaire, ça a changé ma vie. » Virginie Chamard a découvert le synchrotron de Grenoble (ESRF - European Synchrotron Radiation Facility) à la fin de sa thèse, et son enthousiasme n’a pas faibli depuis. Face à ces sources intenses de rayons X, la physicienne entrevoit d’emblée un nouveau terrain de jeu : sonder la matière à l’échelle de la dizaine de nanomètres, où des structures d’une grande finesse se dévoilent. Elle choisit de s’engager dans cette voie, à une époque où ces approches restent encore largement à inventer.

Ce qui me motive, c’est la question scientifique sans cesse remise sur la table, reformulée, affinée, encore et encore. Cela révèle ce que l’on ne comprend pas et pousse à aller toujours plus loin.
Virginie Chamard, Médaille d'argent du CNRS 2026

Son domaine au sens large est l’imagerie par diffraction. Le principe consiste à éclairer un matériau et à analyser la manière dont le faisceau est dispersé pour en reconstruire l’organisation interne. Mais une difficulté majeure se pose : « une partie de l’information échappe à la mesure et doit être reconstruite par le calcul ». Virginie Chamard conjugue donc expérimentation et algorithmique pour parvenir à ses fins.

La physicienne s’attaque à un cas particulier longtemps hors de portée : les échantillons à la fois étendus et très déformés. Elle développe ainsi la ptychographie de Bragg, une technique d’imagerie par diffraction de rayons X cohérents. Pour cela elle met au point des expériences sur synchrotron capables de balayer un cristal point par point, tout en développant des algorithmes qui reconstruisent, à partir des figures de diffraction, une image détaillée de son organisation interne. Elle parvient ainsi à observer ces objets avec une précision inédite, en 3D.

Illustration d'une ptychographie de Bragg
Ptychographhie de Bragg 3D et biominéralisation. En fond, image de birefringence
des unités cristallines composant une coquille d’huitre perlière. En 3D, reconstruction par ptychographie de Bragg de domaines cristallins iso-orientés présents dans l’unité cristalline et mises en évidence de leurs variations. © Virginie Chamard

Ses méthodes s’appliquent notamment à l’étude des biominéraux — coquilles, coraux ou micro-organismes calcifiants. Contrairement aux cristaux synthétiques, leur formation suit des chemins complexes, passant par des états transitoires inattendus. « La nature passe par des phases extrêmement complexes, parfois amorphes, avant d’arriver au produit final », s’étonne la chercheuse. À l’échelle nanométrique, elle tente ainsi de comprendre comment ces unités cristallines s’organisent et s’assemblent, quels mécanismes gouvernent leur croissance. 

Dans les moments difficiles, quand je suis dans l’impasse, j’essaie de penser « en dehors de la boîte » et d’aller chercher ailleurs les connaissances et les soutiens dont j’ai besoin pour avancer.
Virginie Chamard, Médaille d'argent du CNRS 2026

Cela ouvre sur des perspectives allant du biomimétisme —reproduire ces mécanismes pour concevoir de nouveaux matériaux — à la compréhension de la manière dont le vivant fabrique, à partir de conditions environnementales douces, des structures d’une grande complexité. 

Sa méthode de microscopie X est désormais déployée dans plusieurs synchrotrons au service de diverses communautés.

ERC Consolidator Grant 2016 : 3D-BioMat - Ptychographie de Bragg : quand la microscopie rencontre la cristallographie

La microscopie cristalline, c’est-à-dire la capacité à imager les propriétés fines des cristaux, est une approche incontournable dans de nombreuses problématiques scientifiques telles que l’amélioration des performances électriques des métaux, le contrôle des propriétés optiques des semi-conducteurs ou encore la compréhension de la croissance des coquillages. Les rayons X permettent de sonder l’intérieur d’un cristal, mais produire une image 3D, résolue à l’échelle nanométrique et porteuse d’une information quantitative (comme les déformations cristallines) reste extrêmement difficile, en raison de l’inefficacité des lentilles pour ces longueurs d’onde. La nouvelle approche développée par Virginie Chamard, appelée ptychographie de Bragg, permet de dépasser cette limite en remplaçant les lentilles par des algorithmes de restitutions de phase. Cette microscopie, qui utilise le rayonnement X d’une source synchrotron, ouvre la voie à une exploration inédite des matériaux cristallins.

Le projet 3D-BioMat vise à exploiter cette nouvelle microscopie pour progresser dans la compréhension de la croissance des biominéraux, ces cristaux organo-minéraux produits par des organismes vivants (par exemple les mollusques, oursins, éponges, etc.). Alors qu'ils présentent une extrême variété de formes à notre échelle, l’observation d’un assemblage granulaire à l’échelle mésométrique (entre 10 et 1000 nanomètres), commun à quasiment tous les organismes calcifiants, témoigne d’un processus de biominéralisation générique. L’élaboration d’un scénario réaliste de biominéralisation nécessite de révéler la structure cristalline à cette échelle, ce que la ptychographie de Bragg peut réussir. La confrontation structurale entre le modèle naturel et sa réplique synthétique sera permise grâce au partenariat avec l’Ifremer (Polynésie française) et le laboratoire Nanosciences et innovation pour les matériaux, la biomédecine et l'énergie (NIMBE, CNRS/CEA Saclay). Au delà de résoudre une question des plus intrigantes des sciences des matériaux, le projet 3D-BioMat est susceptible à moyen terme de contribuer à un renouveau des modèles climatiques, proposer de nouvelles voies pour la synthèse des matériaux, et fournir des réponses aux problèmes de calcification rencontrés en perliculture.

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