Images microscopiques de l'organe de ponte (vulve) en cours de développement chez le ver C. elegans, le système utilisé par les chercheurs pour mener leur étude. Sous l'effet des molécules émises par une cellule inductrice (magenta), les six cellules précurseurs (magenta) déterminent leur destin cellulaire, puis se divisent et finissent par former la vulve.
Images microscopiques de l'organe de ponte (vulve) en cours de développement chez le ver C. elegans, le système utilisé par les chercheurs pour mener leur étude. © Ismail Hajji, Francis Corson & Wolfgang Keil, PNAS 2026

Piloter le destin des cellules grâce à une carte dynamique du développement

Résultat scientifique

Peut-on prédire et orienter le devenir de cellules en développement sans connaître tous les détails des mécanismes moléculaires qui les gouvernent ? En combinant modélisation mathématique et expériences chez le ver C. elegans, des chercheurs montrent qu’il est possible de guider quantitativement des choix de destin cellulaire en agissant sur le moment où les signaux biologiques sont émis.

Références :

Quantitative guiding of developmental cell fate patterns using a dynamical landscape model. Ismail Hajji, Francis Corson, Wolfgang Keil, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) U.S.A. 123 (30) e2521973123 - Publié le 20 juillet 2026.
DOI : 10.1073/pnas.2521973123
Archive ouverte : bioRxiv

Au cours du développement d’un organisme, les cellules passent progressivement d’un état indifférencié à des identités spécialisées. Comprendre comment ces choix sont effectués, et surtout comment les prédire ou les orienter, constitue un enjeu majeur pour la biologie du développement et la médecine régénérative. Depuis plusieurs années, les biologistes s’appuient sur la métaphore du « paysage de Waddington », dans lequel une cellule suit différentes vallées menant à des destins distincts (Figure 1A). Des modèles mathématiques inspirés de cette idée ont déjà permis d’expliquer les états finaux observés dans plusieurs systèmes biologiques.

Ces recherches ont été menées dans les unités CNRS suivantes :

  • laboratoire Physique des Cellules et Cancer (PCC, CNRS / Institut Curie / Sorbonne Université)

  • Laboratoire de Physique de l’Ecole Normale Supérieure de Paris (LPENS, CNRS / ENS-PSL / Sorbonne Université / Université Paris Cité)

Dans un travail récent, des chercheurs ont démontré qu’il est désormais également possible de prédire les trajectoires dynamiques suivies par les cellules au cours du développement réel. En utilisant un modèle de paysage de Waddington, ils ont pu non seulement reproduire des comportements cellulaires complexes observés chez le ver Caenorhabditis elegans, mais aussi anticiper l’effet de perturbations temporelles et suggérer comment orienter les cellules vers un destin choisi.

Pour y parvenir, les chercheurs ont étudié la formation de la vulve chez C. elegans, un système modèle où six cellules précurseurs identiques (Figure 1B, turquoise) peuvent adopter différents destins sous l’influence d’un signal émis par une cellule inductrice (Figure 1B, magenta) et d’une communication entre les six cellules. Les chercheurs ont combiné un modèle mathématique représentant les états cellulaires dans un paysage de Waddington avec des mutants sensibles à la température, permettant d’augmenter ou de diminuer ces signaux à des moments précis du développement. Le modèle prédit avec précision les effets de combinaisons génétiques complexes, y compris certains résultats contre-intuitifs jusqu’alors attribués à des interactions moléculaires spécifiques. Plus original encore, il prévoit que des impulsions précoces de signalisation sont beaucoup plus efficaces que des impulsions tardives, même lorsque la quantité totale de signaux reçus est identique. Les expériences ont confirmé ces prédictions, en montrant que le moment d’application du signal détermine fortement le destin final des cellules. Ces résultats prouvent la puissance prédictive des approches de type « paysage » et ouvrent la voie à des stratégies de contrôle rationnel des décisions cellulaires, avec des perspectives pour l’ingénierie tissulaire et la médecine régénérative. Ils sont publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.

Figure : (A) Illustration de la métaphore de Waddington décrivant la dynamique d'un état cellulaire lors de la détermination du destin cellulaire. La cellule est représentée par une balle (bleue) dévalant un relief changeant vers des vallées émergentes, qui symbolisent les destins cellulaires accessibles. Cette métaphore peut être décrite à l'aide d'équations mathématiques. Celles-ci permettent également de prédire comment le destin cellulaire évolue lorsque le relief est perturbé, ce que les chercheurs ont testé et confirmé. (B)  Images microscopiques de l'organe de ponte (vulve) en cours de développement chez le ver C. elegans, le système utilisé par les chercheurs pour mener leur étude. Sous l'effet des molécules émises par une cellule inductrice (magenta), les six cellules précurseurs (magenta) déterminent leur destin cellulaire, puis se divisent et finissent par former la vulve.
Figure : (A) Illustration de la métaphore de Waddington décrivant la dynamique d'un état cellulaire lors de la détermination du destin cellulaire. La cellule est représentée par une balle (bleue) dévalant un relief changeant vers des vallées émergentes, qui symbolisent les destins cellulaires accessibles. Cette métaphore peut être décrite à l'aide d'équations mathématiques. Celles-ci permettent également de prédire comment le destin cellulaire évolue lorsque le relief est perturbé, ce que les chercheurs ont testé et confirmé. (B)  Images microscopiques de l'organe de ponte (vulve) en cours de développement chez le ver C. elegans, le système utilisé par les chercheurs pour mener leur étude. Sous l'effet des molécules émises par une cellule inductrice (magenta), les six cellules précurseurs (magenta) déterminent leur destin cellulaire, puis se divisent et finissent par former la vulve.  © Ismail Hajji, Francis Corson & Wolfgang Keil, PNAS 2026.

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Wolfgang Keil
Directeur de recherche du CNRS au laboratoire Physique des Cellules et Cancer (PCC)
Communication CNRS Physique