Des atomes d’hydrogène révèlent les interactions à l’échelle atomique du graphène

Résultat scientifique

Des physiciens et physiciennes sont parvenus à observer des figures de diffraction d’une qualité inédite en faisant passer des atomes d’hydrogène rapides à travers une feuille de graphène d’une seule épaisseur atomique, une avancée expérimentale et théorique qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’étude des matériaux bidimensionnels et la spectroscopie de surface.

Références :

Fast Hydrogen Atom Diffraction through Monocrystalline Graphene, Pierre Guichard, Arnaud Dochain, Raphaël Marion, Pauline de Crombrugghe de Picquendaele, Nicolas Lejeune, Benoît Hackens, Paul-Antoine Hervieux, Xavier Urbain, Physical Review Letters 135, 263403 – Publié le 23 décembre 2025.
DOI : 10.1103/wdx6-mrvm
Archive ouverte : arXiv

La diffraction, cette tendance générale des ondes à étaler ses directions de propagation au passage d’une ouverture ou d’un obstacle, est un phénomène bien connu qui affecte entre autres les ondes électromagnétiques comme la lumière visible ou les rayons X. De par leur nature ondulatoire (prédite par Louis de Broglie en 1923), les particules possédant une masse sont aussi susceptibles de diffracter, et la première observation d’un tel phénomène remonte à 1927 avec la diffraction des électrons par des feuilles métalliques (expériences de Thomson et Davisson). En principe, cette diffraction proprement quantique est également à l’œuvre pour des particules composites (comme l’atome d’hydrogène, composé d’un proton et d’un électron) passant à travers un matériau mais son observation représente un défi expérimental important. Lorsqu’ils traversent une surface, les atomes ont en effet tendance à perdre leur cohérence ondulatoire, ce qui efface les motifs de diffraction.

Ces recherches ont été menées dans le laboratoire CNRS suivant :

  • Institut de physique et chimie des matériaux de Strasbourg (IPCMS, CNRS/Université de Strasbourg)

Dans un travail récent, des chercheurs et chercheuses français et belges ont surmonté cette difficulté en utilisant des atomes d’hydrogène très rapides dont ils se sont servi pour sonder une monocouche de graphène suspendue, préalablement soumise à un traitement thermique afin d’en éliminer les impuretés et les défauts, préservant ainsi la cohérence du faisceau atomique et la figure de diffraction résultante (voir figure ci-dessous).

Vue schématique de la diffraction cohérente d'un faisceau d'atomes d'hydrogène (H⁰) à travers une feuille de graphène.
Figure : Vue schématique de la diffraction cohérente d'un faisceau d'atomes d'hydrogène (H⁰) à travers une feuille de graphène. Les H⁰ se déplacent tous dans la même direction et traversent une monocouche de graphène, un matériau formé d’atomes de carbone organisés en motifs hexagonaux. En haut à droite, on voit le motif obtenu sur un écran lorsque le faisceau est diffracté par la structure périodique du graphène. En haut à gauche, le schéma montre l’intensité de l’interaction entre un atome d'hydrogène et une portion de la surface intégrée suivant la direction z. En bas à droite, sont représentés les nuages électroniques d’un H⁰ incident et d’une portion de la surface du graphène : ils se déforment lorsqu’ils se rapprochent, en raison de leur interaction mutuelle. © Pierre Guichard et al., 2025 American Physical Society

Les expériences ont conduit à des figures de diffraction hexagonales particulièrement nettes, signatures directes de la structure cristalline du graphène, et de domaines monocristallins bien définis. L’analyse en temps de vol a en outre permis de distinguer clairement les événements de diffusion élastique des processus inélastiques, améliorant encore la qualité des images de diffraction. La comparaison entre les données expérimentales et différents modèles théoriques montre que seuls des calculs ab initio avancés, basés sur la théorie de la fonctionnelle de la densité, parviennent à reproduire fidèlement les intensités observées. Le fait que les modèles plus simples échouent à décrire correctement l’interaction entre l’atome d’hydrogène et le réseau de carbone constitue en elle-même un résultat majeur : elle démontre que la diffraction d’atomes neutres à travers le graphène est une sonde d’une sensibilité exceptionnelle aux détails fins des interactions à l’échelle atomique.

À terme, cette approche pourrait être utilisée pour étudier l’effet de défauts, de contraintes mécaniques ou de modifications chimiques dans les matériaux bidimensionnels. Elle ouvre également la voie à une nouvelle forme de spectroscopie de surface basée sur l’utilisation d’atomes neutres, ainsi qu’à des applications en interférométrie de la matière et en physique fondamentale. Ces résultats sont publiés dans les Physical Review Letters.

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Contact

Paul-Antoine Hervieux
Enseignant-chercheur de l'Université de Strasbourg à l'Institut de physique et chimie des matériaux de Strasbourg (IPCMS)
Communication CNRS Physique