Les laboratoires de physique évaluent leur empreinte carbone
Les laboratoires de physique se mobilisent depuis plusieurs années pour évaluer et comprendre leurs émissions de gaz à effet de serre. Grâce aux outils proposés par le collectif Labos 1point5, CNRS Physique a analysé une centaine de bilans d’émissions de gaz à effet de serre réalisés par 43 unités de recherche. Cette synthèse met en lumière les principaux postes d’émissions et révèle la diversité des pratiques selon les profils de laboratoires.
Entre 2017 et 2024, deux tiers des laboratoires (Unités mixtes de recherches et Unités propres de recherche) ont réalisé au moins un bilan annuel de leurs émissions de gaz à effet de serre, certains jusqu’à huit. En particulier, plus de 20 de ces bilans ont été effectués en 2019, 2022 et 2023, offrant une base solide pour évaluer l’évolution des émissions dans le temps.
Ces bilans reposent sur une méthodologie commune utilisant l’outil GES 1point5 qui permet aux laboratoires de construire leur bilan des émissions de gaz à effet de serre (BGES) réglementaire et d’identifier des leviers de réduction concrets, à l’échelle locale comme nationale.
Portrait type d’un laboratoire de physique
Pour comparer les laboratoires de taille différente, l’empreinte carbone est exprimée en CO₂e
Derrière ces chiffres se cache une forte disparité entre les unités. Ainsi, trois profils de laboratoires de physique se dessinent : les laboratoires de physique théorique, les laboratoires de composante principalement expérimentale et les laboratoires avec une instrumentation lourde. Cette typologie reflète la variété des approches scientifiques en physique et la consommation énergétique spécifique de certains équipements.
Les laboratoires de physique théorique présentent une empreinte carbone nettement plus faible, en moyenne 2,5 t CO₂e/personne. La majorité des unités comporte cependant une composante expérimentale : 82 % des unités de recherche de CNRS Physique sont de typologie expérimentale. Ces laboratoires expérimentaux affichent une empreinte moyenne d’environ 7 t CO₂e/personne. Enfin, certains possèdent une instrumentation lourde comparable à de grandes infrastructures de recherche ; ces équipements sont particulièrement consommateurs d’énergie et de ressources, et produisent des empreintes plus élevées que la moyenne expérimentale.
Le principal poste d’émission de gaz à effet de serre des laboratoires de physique correspond, à l’instar du CNRS dans son ensemble, aux achats et immobilisations de bien
Évolution des émissions carbone
Les données mettent en évidence une dynamique contrastée sur la période 2019-2024. Les émissions globales ont augmenté, passant de 8 à 11 t CO₂e par personne. Cette hausse est portée par les achats, principal poste d’émissions des laboratoires.
À l’inverse, les émissions associées aux missions ont diminué de plus de 40 %, probablement en lien avec l’évolution des pratiques post-pandémie, notamment le recours à la visioconférence.
Les émissions liées aux trajets domicile-travail présentent également, dans une moindre mesure, une tendance à la baisse, attestant de changements d’usage des mobilités.
Bilan de gaz à effet de serre des unités de CNRS Physique (2019-2024)
Quelle stratégie d’atténuation pour les laboratoires de physique ?
Pour adapter les orientations nationales aux spécificités de la physique et identifier des leviers d’action dans les unités, quatre groupes de travail thématiques ont été constitués :
- Achats & Maintenance
- Instrumentation lourde
- Missions
- Numérique
Ces groupes réunissent des référentes et référents Transition Environnementale des unités rattachées à CNRS Physique afin de proposer des actions concrètes et adaptées.
De nombreuses actions d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre ont déjà été mises en place dans les laboratoires de physique. Par exemple pour réduire ses achats de matériel, le Laboratoire interdisciplinaire de physique (LIPHY, CNRS / Université Grenoble Alpes) a développé la Matosthèque, un outil pour partager du matériel scientifique entre ses membres. Le Centre de nanosciences et de nanotechnologies (C2N, CNRS / Université Paris-Saclay) a pour sa part optimisé le fonctionnement de ses salles blanches en ajustant la ventilation et la climatisation aux périodes d’utilisation. Le résultat de ce chantier est une réduction de la consommation énergétique des salles blanches sans altérer la qualité de la recherche qui y est menée.
Pour diffuser ces bonnes pratiques, Labos 1point5 propose également l’outil Transition 1point5, qui permet aux laboratoires de partager leurs actions et s’inspirer de leurs pairs.
En mesurant et en partageant leurs émissions, les laboratoires rattachés à CNRS Physique posent les bases d’une recherche plus sobre, lucide sur son impact et engagée dans la transition environnementale.