Trois physiciennes de laboratoires de CNRS Physique sont lauréates du prix L'Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2026
Britton Hofer, doctorante au Laboratoire Charles Fabry (LCF), Chloé Fruy, doctorante au Laboratoire de physique de l'ENS (LPENS), et Kate Sorg, doctorante au Laboratoire d'optique et biosciences (LOB), sont lauréates du Prix Jeunes Talents France L'Oréal-UNESCO Pour Les Femmes et la Science 2026.
La Fondation L’Oréal, en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO annonce pour la 20e année consécutive le palmarès du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science France 2026. Cette édition met à l’honneur 35 doctorantes et post-doctorantes, dont les recherches répondent aux grands défis scientifiques de demain et qui s’engagent à transmettre leur passion aux futures générations de chercheuses.
Découvrez les trois lauréates dans les laboratoires de CNRS Physique
Britton Hofer, isoler et contrôler des atomes grâce à la lumière
Britton Hofer est née à Vienne, d'une mère américaine et d'un père autrichien, avant que sa famille ne s'installe à Paris quand elle avait six ans. Enfant, une visite d'un détecteur du CERN, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, éveille sa curiosité. Après une école d'ingénieurs et un master de physique à Strasbourg, elle mène une thèse à l'Institut d'Optique, où elle construit une expérience utilisant des lasers pour isoler et contrôler des atomes un par un.
"Ce qui me fascine en physique, c'est qu'elle permet d'expliquer le monde qui nous entoure."
- Quels sont les enjeux de vos recherches et leurs applications ?
J'étudie la façon dont des atomes réagissent à la lumière, c'est-à-dire comment ils absorbent puis réémettent des photons. Pendant ma thèse, j'ai construit une expérience qui mesure ces phénomènes à l'échelle d'atomes individuels. À plus long terme, l'objectif est d'observer puis de contrôler la façon dont plusieurs atomes réagissent ensemble. Ce contrôle pourrait servir aux technologies quantiques : améliorer la précision des horloges atomiques, concevoir des capteurs sensibles aux moindres variations de gravité, ou nourrir la prochaine génération d'ordinateurs quantiques. - Pourquoi avez-vous choisi une carrière scientifique ?
Depuis toute petite, mon grand-père, ingénieur civil, prenait le temps de m'expliquer comment les ponts étaient construits. Grâce à lui, j'ai d'abord voulu comprendre comment les choses étaient bâties, puis comment elles fonctionnaient, ce qui m'a menée vers la science. Ce qui me fascine en physique, c'est qu'elle permet d'expliquer le monde qui nous entoure. Je n'ai jamais envisagé de faire autre chose. - Selon vous, que peut apporter une meilleure représentativité des femmes dans la science ?
Une meilleure représentation des femmes dans les sciences contribuerait à enrichir la recherche. En confrontant davantage d’expériences et de points de vue, on se pose de nouvelles questions, on essaie de nouvelles méthodes et, parfois, on fait des découvertes inattendues. Je suis fière d'être une femme dans la science, d'avoir persévéré malgré mes doutes. Je n'ai pas la prétention de représenter toutes les femmes, mais j'espère encourager, à mon échelle, des jeunes filles et les aider à se sentir légitimes.
Britton Hofer est doctorante de l'Université Paris-Saclay au Laboratoire Charles Fabry (LCF, CNRS / Institut d'Optique Graduate School).
Chloé Fruy, rechercher la matière noire à l'aide de détecteurs quantiques
Chloé Fruy est originaire de Cobrieux, dans le Nord. Après une classe préparatoire à Lille, elle intègre Chimie ParisTech puis l'ESPCI Paris, où elle se spécialise en physique quantique. Ses stages de recherche la conduisent de l'Observatoire de Paris à l'université d'Uppsala, en Suède, puis chez IBM Research aux États-Unis d'Amérique et à l'Institut Quantique de Sherbrooke, Canada. Elle mène aujourd'hui une thèse consacrée à des détecteurs quantiques capables de rechercher la matière noire, cette matière invisible qui composerait la majeure partie de la matière de l'Univers.
"Reconnaître que les biais existent encore est nécessaire pour faire évoluer les mentalités."
- Quels sont les enjeux de vos recherches et leurs applications ?
Je développe des détecteurs quantiques capables de rechercher la matière noire, une matière invisible qui n'émet aucune lumière, mais qui composerait la majeure partie de la matière de l'Univers. À court terme, je mets au point des techniques de détection extrêmement sensibles, capables de mesurer des signaux jusqu'ici inaccessibles ; elles pourront servir dans d'autres technologies quantiques. À long terme, l'objectif est de détecter l'axion, l'un des candidats les plus prometteurs pour expliquer la matière noire. Une telle découverte nous aiderait à mieux comprendre la composition de l'Univers. - Pourquoi avez-vous choisi une carrière scientifique ?
Je ne me suis jamais vraiment posé la question. Au lycée, j’aimais surtout les mathématiques et j’étais intriguée par la physique quantique. Je ne me voyais pourtant pas devenir chercheuse. Mes stages, en France puis à l'étranger, m'ont permis de découvrir un métier très différent de l'image que j'en avais. J’aime résoudre des problèmes, construire des expériences et travailler avec des collègues passionnés. - Dans votre parcours, avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme ?
Ce sont souvent de petites remarques qui marquent. Au lycée, un professeur m'avait conseillé de choisir une prépa en chimie plutôt qu'en mathématiques, en ajoutant que les filles préféraient la chimie. Un autre m'avait dit que je me ferais « écraser » à Paris. Ces remarques, pas malveillantes, montrent comment des stéréotypes influencent l'orientation des jeunes filles. Dès mon entrée en thèse, je me suis impliquée pour une meilleure représentation des femmes en science, ce qui m'a aussi permis de gagner en confiance et de me sentir légitime.
Chloé Fruy est doctorante de l'École Normale Supérieure ENS-PSL au Laboratoire de physique de l'ENS (LPENS, CNRS / ENS - PSL / Sorbonne Université / Université Paris Cité)
Kate Sorg, explorer des formes atypiques d'ADN chez des micro-organismes de l’extrême
Kate Sorg a grandi à Haubstadt, un petit village de l'Indiana, aux États-Unis d'Amérique, où sa communauté voyait d'un mauvais œil qu'une femme fasse des sciences. Elle passe outre : double licence à Purdue, puis une première expérience de recherche qui la décide. Plusieurs séjours en France la convainquent de s'y installer. Elle prépare aujourd'hui une thèse de microbiologie à l'École polytechnique, où elle étudie des formes atypiques d'ADN chez des micro-organismes vivant dans des environnements extrêmes.
"La science ne se construit ni dans l’isolement, ni dans l’exclusion."
- Quels sont les enjeux de vos recherches et leurs applications ?
J'étudie des formes atypiques d'ADN, que j'observe chez des micro-organismes habitant dans des environnements extrêmes qui constituent un groupe tout à fait particulier d’êtres vivants. Mes travaux montrent donc pour la première fois que ces formes d'ADN sont présentes chez tous les groupes d'êtres vivants. Mes résultats suggèrent que ces structures pourraient être des régulateurs universels des fonctions remplies par l’ADN. La recherche sur ces formes alternatives d’ADN ouvre des perspectives particulièrement prometteuses : plusieurs traitements anticancéreux ciblant précisément ces structures d'ADN sont actuellement en essais cliniques. Par ailleurs, ces micro-organismes de l'extrême représentent des acteurs majeurs en biotechnologie. - Pourquoi avez-vous choisi une carrière scientifique ?
Pour moi, faire carrière dans la science, c'est aller à la poursuite de l'inconnu et repousser sans cesse les limites du savoir. J’aime la beauté de la complexité des idées étranges, et ma curiosité naturelle me conduit à démêler des nœuds pour comprendre ce qui se cache derrière. Le déclic s’est produit en dernière année de licence dans un laboratoire. Grâce à la formation de mes encadrants et l’autonomie technique aussi bien qu’intellectuelle qu’ils m’ont laissé, je me suis sentie véritablement considérée comme une scientifique, et cela m’a permis d’acquérir la confiance nécessaire pour me lancer. - Dans votre parcours, avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme ?
Oui. Je viens d'un petit village de l'Indiana, où l'on estime qu'une femme doit se marier et élever des enfants. Quand j'ai annoncé mon projet d'études scientifiques, tout le monde m'a fait comprendre que cela allait « contre ma nature de femme ». Première de ma famille à souhaiter devenir chercheuse, je n'avais personne vers qui me tourner : j'ai avancé toute seule. Ma trajectoire m’a convaincu que la science ne se construit ni dans l'isolement, ni dans l’exclusion.
Kate Sorg est doctorante de l'École polytechnique au Laboratoire d’optique et biosciences (LOB, CNRS / École polytechnique / Inserm)