Comment accompagner les parcours de physiciennes et physiciens

Institutionnel

Depuis 2024, CNRS Physique propose aux chercheurs et chercheuses un dispositif d’accompagnement personnalisé destiné à les soutenir à différents moments de leur parcours professionnel : prise de poste, transition, questionnement sur le sens du travail ou difficultés rencontrées dans l’exercice du métier. Marta de Frutos, déléguée scientifique "Accompagnement chercheurs" à CNRS Physique, présente les objectifs et les modalités de ce dispositif1 .

  • 1 CNRS Physique est le premier institut du CNRS à proposer un dispositif d’accompagnement personnalisé à destination des chercheurs et des chercheuses.

Entretien avec Marta de Frutos, déléguée scientifique "Accompagnement chercheurs" à CNRS Physique

  • Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis chercheuse au CNRS depuis 1992 et j’ai été nommée déléguée scientifique à CNRS Physique en 2024. Mon parcours scientifique s’est inscrit dans des thématiques interdisciplinaires, au sein de différents laboratoires, impliquant des collaborateurs de disciplines variées . Cette expérience m’a permis de développer une connaissance approfondie du fonctionnement de la recherche et du CNRS, ainsi que des enjeux et des difficultés rencontrés par les chercheurs et chercheuses tout au long de leur carrière.

En 2022, j’ai suivi une formation universitaire d’un an en accompagnement professionnel, avec l’objectif de proposer ce type de dispositif au sein de CNRS Physique.

Un accompagnement fondé sur le volontariat et la confidentialité

  • Comment est structuré le dispositif d’accompagnement personnalisé ?

Le dispositif repose sur le principe du volontariat. Le besoin peut être identifié par un tiers, qui peut recommander à la personne de recourir à l’accompagnement, mais la demande et la volonté de s’engager dans le processus restent des conditions indispensables à son efficacité.

  • Quelles sont les modalités des entretiens ?

Il s’agit d’un accompagnement personnalisé dont le contenu, la durée et le nombre de séances sont ajustés aux besoins et aux contraintes de la personne. À titre indicatif, six séances d’environ une heure suffisent fréquemment à traiter les problématiques les plus courantes.

  • Comment se déroule le premier entretien ?

Le premier entretien est consacré à examiner la situation et le contexte dans lesquels se trouve la personne, ainsi qu’à clarifier l’objectif qu’elle souhaite atteindre à travers l’accompagnement. Cette première exploration permet une meilleure prise de conscience de la situation et des enjeux. L’objectif formulé va permettre d’orienter le travail mené au cours des séances suivantes.

J’étais sur le point de tout arrêter, puis j’ai découvert le dispositif « Accompagnement de chercheuses et chercheurs ».
Témoignage d'un participant au dispositif d'accompagnement

Soutenir les évolutions de carrière et le développement des compétences

  • Comment accompagnez-vous les chercheurs et chercheuses lors d’une prise de poste ou d’un changement de fonction ?

J’accompagne la personne en l’aidant à analyser le contexte, clarifier les priorités et les attentes liées à son nouveau poste. Les entretiens permettent ensuite de traduire cette réflexion en objectifs concrets et en stratégies adaptées, que la personne peut expérimenter progressivement.

  • De quelle manière aidez-vous les bénéficiaires à identifier et développer de nouvelles compétences ?

L’accompagnement ne propose pas de formation. Il s’appuie sur les compétences déjà présentes chez la personne, parfois méconnues d’elle-même, et vise à identifier les axes de développement pertinents au regard de ses besoins et de ses objectifs.

Grâce à des questionnements ciblés et des exercices pratiques, la personne prend conscience de ses ressources, explore de nouvelles façons de mobiliser ses compétences et construit un plan d’action pour les renforcer ou en développer de nouvelles.

Au départ, je me suis dit que cela pourrait m’aider à restructurer mon activité pour retrouver de l’efficacité, ce qui me permettrait d’avoir plus de succès dans la suite de ma carrière. Mais au fil de nos rencontres et discussions, j’ai finalement réalisé que ma vision de la recherche était biaisée.
Témoignage d'un participant au dispositif d'accompagnement

Accompagner les transitions et les périodes de changement

  • Existe-t-il un protocole spécifique pour les retours de congé maternité ou d’arrêt maladie ?

Il n’existe pas de protocole standardisé, ces situations étant vécues différemment selon les personnes. Lors d’une absence prolongée, l’environnement professionnel évolue, mais la personne peut également avoir changé dans ses perceptions, ses priorités et son rapport au travail. L’accompagnement vise à expliciter ces évolutions afin de permettre un positionnement conscient et volontaire, dans une logique de changement choisi plutôt que subi.

Redonner du sens et prévenir la perte de motivation

La perte de motivation peut être liée à un sentiment de manque de reconnaissance, à un vécu d’échec ou à un décalage entre la vision individuelle du métier et l’évolution des pratiques de la recherche.

  • Comment aidez-vous les chercheurs et chercheuses à redonner du sens à leur parcours professionnel ?

En cas de perte de confiance, l’accompagnement permet à la personne de se réapproprier ses compétences et ses réalisations, afin de prendre conscience de sa valeur scientifique et d’en renforcer la valorisation. Se détacher des contraintes d’évaluation et renouer avec le plaisir de l’activité de recherche constitue un levier essentiel pour restaurer la motivation.

Lorsqu’un décalage existe entre l’idéal professionnel et la réalité quotidienne du travail, il s’agit de réexaminer les valeurs et le sens qui avaient initialement motivés le choix professionnel de la personne et de les réactualiser en fonction des évolutions du contexte. Dans certains cas, ce décalage peut s’avérer irréconciliable, la personne peut être amenée à envisager une reconversion professionnelle.

Grâce à cet accompagnement, j’ai progressivement retrouvé du plaisir à exercer mon métier.
Témoignage d'un participant au dispositif d'accompagnement

Souffrance au travail : un accompagnement complémentaire.

  • Comment le dispositif intervient il lorsqu’un chercheur fait face à un stress intense, un surmenage ou des difficultés relationnelles ?

L’accompagnement favorise la prise de recul par rapport aux situations vécues et la compréhension des dynamiques en jeu. Il permet de clarifier les priorités, en commençant par la préservation de l’équilibre personnel, de renforcer la confiance en ses capacités et de mettre en place des stratégies concrètes pour mieux gérer le stress et les défis du quotidien.

  • Quelle est la frontière avec les dispositifs de prévention des risques psychosociaux ?

L’accompagnement n’a pas vocation à remplacer les dispositifs de prévention des risques psychosociaux ni l’accompagnement par les professionnels de santé. En cas de stress intense, d’épuisement, de dépression ou de burn-out, il est indispensable de s’orienter vers ces dispositifs. L’accompagnement proposé ici relève du champ du développement professionnel et de la réflexion en commun.

Évaluation et perspectives

  • Comment évaluez-vous l’impact du dispositif ?

Les retours d’expérience proviennent d’abord des échanges directs pendant les séances qui me permettent d’identifier les besoins de la personne et ce qui fonctionne pour elle, et d’ajuster l’accompagnement en conséquence. Un questionnaire final complète ces retours en évaluant l’utilité et l’impact plus global du dispositif.

  • Envisagez-vous une extension à d’autres catégories de personnel ?

Ce dispositif pourrait être utile à d’autres catégories de personnel, notamment au personnel d’appui et de support à la recherche. Toutefois, son périmètre est actuellement limité aux chercheurs et chercheuses. Les ingénieurs et techniciens peuvent s’adresser aux services RH des délégations, qui proposent un accompagnement adapté à leurs problématiques de carrière.

Ce dispositif m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui, j’envisage mes prochaines années au CNRS avec beaucoup plus de sérénité
Témoignage d'un participant au dispositif d'accompagnement

Lire le témoignage complet d'un participant au dispositif d'accompagnement

Après quinze ans de carrière au CNRS, plusieurs projets coordonnés, des publications de bon niveau et un investissement dans le collectif, j’ai connu une grande démotivation. Je n’arrivais plus à tout faire pour être au niveau des autres dans mon métier, à gérer les déceptions permanentes (projets refusés, concours infructueux, primes non attribuées), et surtout à prendre du plaisir dans mon travail comme au début de ma carrière. J’étais sur le point de tout arrêter, puis j’ai découvert le dispositif « Accompagnement de chercheuses et chercheurs ».

Au départ, je me suis dit que cela pourrait m’aider à restructurer mon activité pour retrouver de l’efficacité, ce qui me permettrait d’avoir plus de succès dans la suite de ma carrière. Mais au fil de nos rencontres et discussions, j’ai finalement réalisé que ma vision de la recherche était biaisée. J’étais enfermé dans une conception de l’excellence et de la réussite, au point d’oublier que j’exerçais ce métier par plaisir.

Grâce à cet accompagnement, j’ai progressivement retrouvé du plaisir à exercer mon métier. J’ai aussi compris que la seule reconnaissance vraiment importante était celle que j’avais pour moi-même et pour le travail que je réalisais. À partir de là, la reconnaissance par les pairs découle naturellement, même si les promotions et les succès aux appels à projet ne sont pas toujours au rendez-vous.

Ce dispositif m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui, j’envisage mes prochaines années au CNRS avec beaucoup plus de sérénité."

Contact

Marta de Frutos
Déléguée scientifique