Cinq scientifiques de laboratoires de CNRS Physique récompensés par la SFP
Depuis le début de l'année 2026, la Société française de physique a récompensé cinq physiciennes et physiciens travaillant des des laboratoires rattachés à CNRS Physique.
Cécile Repellin, lauréate du prix Ancel 2025
Cécile Repellin est chargée de recherche au CNRS au Laboratoire de physique & modélisation des milieux condensés (LPMMC, CNRS / Université Grenoble Alpes)
Elle étudie la physique des phases quantiques fortement corrélées, en développant des approches numériques avancées (diagonalisation exacte, DMRG) pour relier modèles microscopiques et phénomènes collectifs à N corps. Ses travaux portent en particulier sur l’ordre magnétique, les phases topologiques et l’effet Hall quantique fractionnaire dans des matériaux bidimensionnels tels que le graphène et ses multicouches et dans les gaz quantiques.
Depuis son arrivée au CNRS en 2019, Cécile Repellin a apporté des contributions majeures à la compréhension théorique des phénomènes électroniques dans les systèmes de Moiré. Elle a notamment théorisé le ferromagnétisme et l’effet Hall fractionnaire anormal dans ces systèmes; ainsi qu’étudié l’apparition de plateaux de conductivité de Hall et d’états isolants fractionnaires dans des systèmes bosoniques dilués. Ses travaux constituent un apport essentiel à l’interprétation des phases topologiques observées expérimentalement dans le graphène et dans les gaz atomiques ultra-froids.
Par l’originalité et la rigueur de ses travaux théoriques, et par leur impact sur la compréhension des matériaux quantiques fortement corrélés, Cécile Repellin s’impose comme une figure de premier plan dans son domaine. Le Prix Louis Ancel 2025 récompense pleinement l’ensemble de ses contributions.
Guillaume Schull, lauréat du prix Ancel 2024
Guillaume Schull est Directeur de Recherche CNRS à l’Institut de physique et chimie des matériaux de Strasbourg (IPCMS, CNRS / Université de Strasbourg).
Il a contribué à d’importantes avancées dans le domaine des propriétés optiques d’objets uniques (atomes ou molécules) avec la mise au point de méthodologies de microscopie à effet tunnel permettant de réaliser des cartes de fluorescence hyper-résolues. En utilisant des électrons plutôt que des photons comme source d’excitation des molécules, il a démontré qu’il était possible de sonder et de contrôler les propriétés de fluorescence d’émetteurs uniques avec une résolution à l’échelle atomique. Son travail ouvre de nouvelles perspectives dans la compréhension de la fluorescence moléculaire, avec des répercussions dans différents domaines de la matière condensée.
Au travers de cette approche expérimentale originale, Guillaume Schull a ainsi pu mesurer l’influence de l’environnement très proche (quelques angströms) d’une molécule sur ses propriétés de fluorescence, mettre en évidence des phénomènes de couplage entre molécules, reproduire à l’échelle de quelques molécules des mécanismes de transferts d’énergie intervenant dans des systèmes biologiques, sonder les propriétés optiques de rubans de graphène et le confinement d’excitons et de trions au sein de matériaux de van der Waals. Une nouvelle étape a été franchie par son équipe en 2024, où pour la première fois il devient possible d’exciter la photoluminescence (dont l’excitation est optique et non électronique) d’une molécule unique avec une résolution sub-nanométrique.
Le prix Ancel récompense un ou une chercheuse de moins de 45 ans ayant mené des recherches remarquables en physique de la matière condensée et n’ayant pas encore été distinguées par ailleurs.L’attribution de ce prix à Guillaume Schull récompense un scientifique précurseur et aux contributions de tout premier plan, particulièrement originales.
Paul Indelicato, lauréat du Gentler-Kastler Prize 2026
Paul Indelicato est directeur de recherche du CNRS au Laboratoire Kastler Brossel (LKB, CNRS / Collège de France / ENS - PSL / Sorbonne Université).
Paul Indelicato allie une recherche théorique et expérimentale de pointe en spectroscopie de précision d’ions fortement chargés et exotiques. Ses travaux en électrodynamique quantique, allant du problème de la taille du proton aux états métastables, ont transformé ce domaine. Ses collaborations de longue date avec le GSI Helmholtzzentrum für Schwerionenforschung/FAIR, l’Institut Max-Planck de physique nucléaire de Heidelberg et l’Université Johannes Gutenberg de Mayence illustrent parfaitement la coopération scientifique franco-allemande.
En reconnaissance de ses contributions exceptionnelles à la physique atomique, le prix Gentner-Kastler 2026 est décerné à Paul Indelicato. Ses recherches allient excellence théorique et expérimentale, notamment en électrodynamique quantique des ions fortement chargés. Il a également renforcé de manière exemplaire le partenariat scientifique franco-allemand et construit des ponts entre théorie et expérience au sein de la communauté de recherche mondiale.
Sélectionné par un jury allemand ou français parmi 3 dossiers proposés par la société sœur, le ou la lauréate doit avoir réalisé sa brillante carrière en France ou en Allemagne. Ce prix est décerné les années impaires par la Société Allemande de Physique (DPG) à un physicien ou une physicienne ayant travaillé en France, et les années paires par la SFP à un physicien ou une physicienne ayant réalisé sa carrière en Allemagne.
Grégory Soyez, lauréat du Prix Joliot Curie 2025
Grégory Soyez est Directeur de Recherche CNRS à l’Institut de physique théorique (IPhT, CEA / CNRS).
Son principal domaine d’expertise est la phénoménologie de la chromodynamique quantique (QCD) et plus particulièrement la physique des jets et leurs sous-structures. Ces notions occupent une place majeure dans la physique du Large Hadron Collider (LHC) au CERN, où les jets sont étudiés pour eux-mêmes mais aussi comme « bruit de fond » dans la recherche de nouvelle physique. Grégory Soyez combine une compréhension très fine de la QCD à une grande habileté technique.
Ces dernières années, il a significativement amélioré la précision des prédictions numériques en intégrant des corrections au-delà des logarithmes dominants, calculées à partir des principes fondamentaux de la QCD. Tout au long de sa carrière, il a apporté une contribution essentielle au développement d’algorithmes et de codes informatiques largement utilisés par les collaborations expérimentales de physique des particules, tels que SISCone, FastJet ou PanScale.
Le prix Joliot-Curie est destiné à récompenser chaque année un travail remarquable dans le domaine de la physique nucléaire pour les années paires, et des champs et particules pour les années impaires. Le jury est heureux de récompenser les contributions remarquables de Grégory Soyez à la phénoménologie de la QCD en lui attribuant le Prix Joliot-Curie de la Société Française de Physique.
Émilien Dilly, lauréat du Prix Saint-Gobain 2024
Le Prix Saint-Gobain 2024, un des deux grands prix de thèse de la SF¨P, est décerné à Émilien Dilly pour sa thèse intitulée « Hélices, Perversions et Vrilles : De la Mécanique des Tiges Inspirée par les Plantes à la Génération de Courbure chez les Plantes à Vrilles » effectuée à l’Université Paris-Cité sous la direction de Dražen Zanchi et Julien Derr au sein du Laboratoire Matière et Systèmes Complexes (MSC, CNRS / Université Paris Cité). Émilien Dilly est actuellment post-doctorant au Laboratoire interdisciplinaire de physique (LIPHY, CNRS / Université Grenoble Alpes).
Le travail d’Émilien Dilly concerne la physique des tiges vrillées. C’est grâce à celles-ci que de nombreuses plantes grimpantes se hissent le long d’un tuteur, ou encore d’un support destiné à végétaliser une ville soumise au changement climatique. Émilien Dilly a tout d’abord découvert qu’une inversion locale de leur hélicité, connue sous le nom de perversion de vrille, implique une régulation du couple qu’elles exercent. En combinant calculs théoriques, simulations numériques et expériences sur des tiges métalliques, il a pu mettre en évidence la portée de ce mécanisme au-delà du royaume végétal et leur potentiel pour la conception d’actuateurs à couple constant. Revenant vers la croissance des plantes, il a ensuite associé ce même large éventail de techniques à des expériences sur des plants de concombre pour élucider le couplage entre les contraintes mécaniques subies par la tige et l’évolution de sa forme. Il a ainsi mis en évidence une tension seuil au-dessus de laquelle le vrillage n’est pas possible et l’a ensuite rationalisée à partir de modèles de croissance.
Le prix Saint-Gobain est destiné à récompenser une étudiante ou un étudiant ayant réalisé un travail exceptionnel de thèse au cours de l’année écoulée. Ce prix récompense l'ampleur des travaux d'Émilien Dilly et la diversité des techniques employées et la sensibilité de leur auteur aux enjeux scientifiques de plusieurs disciplines.